4/01/2015

Prêt-à-baiser - Olivier Dubois

Prêt-à-baiser d'Olivier Dubois ou le «french» le plus long et intense de toute l'Histoire de la scène. C'est-à-dire qu'il y avait pas mal de spectateurs mal à l'aise qui gigotaient sur leur siège...

Duo cannibale pour bouches soudées dont les langues doivent avoir un torticolis à l'heure qu'il est. Chorégraphie minutieuse de l'énergie brute du désir, avec pour inspiration et pour trame l'épique Sacre du printemps. Sublime.

Deux hommes assis sur un banc se regardent, presque immobiles. Le chorégraphe et sa Muse. Commence alors une extrêmement lente avancée, l'un vers l'autre, à peine perceptible pour les spectateurs. La tension est palpable et contagieuse. Le corps un peu penché vers la scène, je scrute cette nano-chorégraphie dans ses moindres détails en retenant mon souffle. Le chorégraphe-prédateur est impassible, sa respiration à peine visible dégage l'assurance que la chasse sera bonne. Le jeune homme face à lui est plus expressif: les micro mouvements de sa bouche laissent paraître l'attente impatiente du baiser.

Et il finit par venir ce baiser, libérant toute la salle. Le soulagement est court, car avec le contact des deux bouches vient la musique du Sacre et toute sa charge énergétique qui viendra moduler la longue chorégraphie des langues, des visages qui se dévorent, puis des corps qui luttent.

Là où certains n'ont peut-être vu que la performance trop longue, malaisante, de deux hommes qui s'embrassent, j'ai plutôt reçu la décharge explosive d'une danse sauvage, mais réglée dans les moindres détails. 72 repères sur la musique pour le chorégraphe, 4 pour l'interprète-Muse. Une chaîne de réactions dont le créateur a le parfait contrôle, mais dont l'intensité dégagée est sans mesure.


 Vu le 31 mars 2015, au Théâtre Sorano de Toulouse, dans le cadre du Marathon d'avril.

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