Prêt-à-baiser
d'Olivier Dubois ou le «french» le plus long et intense de toute l'Histoire de
la scène. C'est-à-dire qu'il y avait pas mal de spectateurs mal à l'aise qui gigotaient
sur leur siège...
Duo
cannibale pour bouches soudées dont les langues doivent avoir un torticolis à
l'heure qu'il est. Chorégraphie minutieuse de l'énergie brute du désir, avec
pour inspiration et pour trame l'épique Sacre du printemps. Sublime.
Deux
hommes assis sur un banc se regardent, presque immobiles. Le chorégraphe et sa
Muse. Commence alors une extrêmement lente avancée, l'un vers l'autre, à peine
perceptible pour les spectateurs. La tension est palpable et contagieuse. Le
corps un peu penché vers la scène, je scrute cette nano-chorégraphie dans ses
moindres détails en retenant mon souffle. Le chorégraphe-prédateur est
impassible, sa respiration à peine visible dégage l'assurance que la chasse
sera bonne. Le jeune homme face à lui est plus expressif: les micro mouvements
de sa bouche laissent paraître l'attente impatiente du baiser.
Et il
finit par venir ce baiser, libérant toute la salle. Le soulagement est court,
car avec le contact des deux bouches vient la musique du Sacre et toute sa
charge énergétique qui viendra moduler la longue chorégraphie des langues, des
visages qui se dévorent, puis des corps qui luttent.
Là où
certains n'ont peut-être vu que la performance trop longue, malaisante, de deux
hommes qui s'embrassent, j'ai plutôt reçu la décharge explosive d'une danse
sauvage, mais réglée dans les moindres détails. 72 repères sur la musique pour
le chorégraphe, 4 pour l'interprète-Muse. Une chaîne de réactions dont le
créateur a le parfait contrôle, mais dont l'intensité dégagée est sans mesure.
Vu le 31
mars 2015, au Théâtre Sorano de Toulouse, dans le cadre du Marathon d'avril.

Aucun commentaire:
Publier un commentaire