Quand je prends place dans la salle, je ne sais pratiquement rien du spectacle que je vais voir, si ce n'est que sa durée : 45 minutes. Toujours bon de savoir qu'au cas où je n'aimerais pas, ça ne va de toute façon pas durer très longtemps.
Sur scène, un rideau violet. Puis vient la chorégraphe-interprète, vêtue d'une robe de la même couleur et portant...la barbe. Vision étrange que cette danseuse au genre incertain qui effectuera pendant une trentaine de minutes quelques variations sur le thème du « salut final ». Bien qu'elle réussisse à nous faire ressentir la vulnérabilité de l'artiste à ce moment particulier de tout spectacle, bien qu'elle fasse aussi surgir quelques réminiscences d'une Mary Wigman (à qui elle emprunte le titre de son dernier solo) en intégrant certains éléments de son style de mouvement, on comprend vite le concept. M'ennuyant un peu, j'ai développé une fascination pour la richesse du violet du rideau, les éclairages et le mouvement qui l'animait...
Au niveau sonore, d'abord le silence, puis graduellement, les bruits d'une foule (dialogues indistincts, babillages d'enfants, etc.) viennent remplir l'espace, prenant de plus en plus de volume, jusqu'à l'irruption quelque peu surréaliste d'un rugissement de lion. C'est à ce moment que Laâbissi disparaît quelque part derrière le rideau.
Puis ce sera l'explosion. Celle qui effacera la demi-heure d'ennui, la justifiera même. Sur une une musique un peu pop, la danseuse revient sur scène, complètement nue et libérée de toute la gravité qui avait marquée la première partie. Un seul mot pour décrire cette nouvelle danse : jubilation. Jubilation d'un corps mature, assumé, toujours affublé de cette ridicule barbe qui souligne maintenant la blancheur d'un sourire presque carnassier, écho visuel au rugissement qui l'a précédé. Jubilation dans le mouvement libre. La danseuse combat le cadre, s'engageant même dans un duel contre le rideau, dans lequel elle se cachait parfois tout à l'heure, et qu'elle charge maintenant à la manière du taureau de la corrida. Jubilation contagieuse, mon propre sourire qui ne quitte pas mon visage.
La danseuse se calmera enfin, renfilera sa robe violette pour reprendre le rituel du salut jusqu'à disparaître dans l'obscurité.
Pendant les applaudissements, je sens que certains spectateurs attendent le retour de l'artiste, mais bien entendu, elle ne reviendra pas saluer, puisqu'elle vient de nous en offrir pour 45 minutes.
Les lumières de la salle se rallument et la musique pop est rejouée pour la sortie. Cette chanson ne me quittera pas du trajet de retour vers chez moi, ainsi que le sentiment de liberté que m'a laissé le spectacle :
Changing of the Guard - Patti Smith :
Vu le 28 mars 2015, au Théâtre Garonne de Toulouse

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