Un an moins un jour depuis le dernier article publié...
Bien que je n'ai pas continué à alimenter ce blog de mes expériences de spectatrice, il n'en reste pas moins que j'ai continué à nourrir mon cerveau insatiable de théâtre, de danse, mais aussi de réflexions, de colloques, de lectures.
Je n'ai pas chômé cette dernière année. À preuve, ce sont dans des revues scientifiques que mes articles se sont retrouvés.
En mai 2015, j'ai participé à un colloque à Bacau (Roumanie) sur les nouvelles formes discursives où j'ai présenté une communication qui interrogeait le métissage des discours scéniques dans la pièce Samedi Détente de la chorégraphe rwandaise Dorothée Munyaneza. J'ai tiré de cette présentation un article qui a été publié dans la revue Studii si cercetari stiitifice. Seria filologie de l'Université Vasile Alecsandri qui avait accueilli le colloque.
L'article est disponible ici : https://sites.google.com/site/studiisicercetari/nr-17-2007/Home/33-2015
(Il faut télécharger le pdf au bas de la page)
J'ai également contribué à la revue Studia Dramatica avec un article qui posait la question : Quelle réception pour la danse-théâtre?
L'article est disponible ici (p.151): http://studia.ubbcluj.ro/download/pdf/951.pdf
Un troisième article est à paraître dans Concordia discors vs. Discordia concors, sur la question du genre sur la scène, et un quatrième est en préparation pour la revue En jeu de la Fondation pour la mémoire de la déportation sur l'impact des stratégies scéniques dans la transmission mémorielle d’événements historiques tels que le génocide rwandais de 1994.
En attendant de nouveaux liens, de nouvelles expériences, bonne lecture!
Frictions scéniques
Chroniques critiques de mes expériences de spectatrice «professionnelle» du théâtre, de la danse contemporaine et de toutes les formes indisciplinées qui peuplent les scènes du Québec et de l'Europe.
2/03/2016
4/02/2015
Jeune auxiliaire recherche jeune histoire du théâtre
Texte écrit dans le cadre du concours J'ai une histoire à raconter du CRSH, dont l'objectif était de promouvoir l'importance de la recherche universitaire. Comme il n'a pas été retenu, je lui donne un petit peu de visibilité ici.
À ce qu’il paraît, on dit: «Québec, ville de
théâtre». Chez moi, le théâtre a l'âge
de ma mère. Mon travail, c’est de fouiller les quelque soixante ans de sa jeune
histoire. Jeune, mais riche parce que…
Saviez-vous qu'avant 1957, il n'y avait pas de
troupe professionnelle de théâtre à Québec? Mais, le Capitole recevait depuis
un bon demi-siècle les plus grands : du Théâtre du Nouveau Monde à la
Comédie-Française! À coup sûr, les murs résonnent encore des quelques passages
de l'immense Sarah Bernhardt.
Avez-vous déjà entendu parler de l'Estoc et de son
petit théâtre du 5, rue St-Louis, à deux pas du Château Frontenac? C’est
là que tout a commencé! Les premiers? Pierre Fontaine, André Ricard, Jean-Louis
Tremblay. Puis il y a eu le Trident, en 1971, et les autres ont suivi.
Québec c’est aussi l’histoire d’un théâtre de
création, de recherche. Pour Robert Lepage, c’est un incubateur, le lieu
parfait pour innover.
Mais ici, le théâtre est aussi fuyant. La métropole
attire les artistes comme un aimant. Qui pourrait les blâmer de choisir l'exil,
quelque part où il est peut-être possible pour eux de vivre de leur art?
Le théâtre est éphémère, mais il laisse des traces.
Les lieux en gardent la mémoire. Les spectateurs se souviennent. Mes collègues et
moi, nous allons vous raconter nos villes, nos régions, notre province de
théâtre. Parce que le théâtre est un art vivant, et la recherche sert aussi à prolonger
l’expérience en rappelant aux créateurs d’où ils viennent, ce que le passé leur
laisse comme héritage, et de dresser au public un portrait de son identité
culturelle.
Le projet Socio-esthétique
des pratiques théâtrales du Québec contemporain (SEPT-QC), c’est une
synthèse historique du théâtre québécois depuis 1945 qui verra le jour en 2018.
Pour plus d'info sur le projet : http://sept-qc.org/
4/01/2015
Adieu et merci - Latifa Laâbissi
Quand je prends place dans la salle, je ne sais pratiquement rien du spectacle que je vais voir, si ce n'est que sa durée : 45 minutes. Toujours bon de savoir qu'au cas où je n'aimerais pas, ça ne va de toute façon pas durer très longtemps.
Sur scène, un rideau violet. Puis vient la chorégraphe-interprète, vêtue d'une robe de la même couleur et portant...la barbe. Vision étrange que cette danseuse au genre incertain qui effectuera pendant une trentaine de minutes quelques variations sur le thème du « salut final ». Bien qu'elle réussisse à nous faire ressentir la vulnérabilité de l'artiste à ce moment particulier de tout spectacle, bien qu'elle fasse aussi surgir quelques réminiscences d'une Mary Wigman (à qui elle emprunte le titre de son dernier solo) en intégrant certains éléments de son style de mouvement, on comprend vite le concept. M'ennuyant un peu, j'ai développé une fascination pour la richesse du violet du rideau, les éclairages et le mouvement qui l'animait...
Au niveau sonore, d'abord le silence, puis graduellement, les bruits d'une foule (dialogues indistincts, babillages d'enfants, etc.) viennent remplir l'espace, prenant de plus en plus de volume, jusqu'à l'irruption quelque peu surréaliste d'un rugissement de lion. C'est à ce moment que Laâbissi disparaît quelque part derrière le rideau.
Puis ce sera l'explosion. Celle qui effacera la demi-heure d'ennui, la justifiera même. Sur une une musique un peu pop, la danseuse revient sur scène, complètement nue et libérée de toute la gravité qui avait marquée la première partie. Un seul mot pour décrire cette nouvelle danse : jubilation. Jubilation d'un corps mature, assumé, toujours affublé de cette ridicule barbe qui souligne maintenant la blancheur d'un sourire presque carnassier, écho visuel au rugissement qui l'a précédé. Jubilation dans le mouvement libre. La danseuse combat le cadre, s'engageant même dans un duel contre le rideau, dans lequel elle se cachait parfois tout à l'heure, et qu'elle charge maintenant à la manière du taureau de la corrida. Jubilation contagieuse, mon propre sourire qui ne quitte pas mon visage.
La danseuse se calmera enfin, renfilera sa robe violette pour reprendre le rituel du salut jusqu'à disparaître dans l'obscurité.
Pendant les applaudissements, je sens que certains spectateurs attendent le retour de l'artiste, mais bien entendu, elle ne reviendra pas saluer, puisqu'elle vient de nous en offrir pour 45 minutes.
Les lumières de la salle se rallument et la musique pop est rejouée pour la sortie. Cette chanson ne me quittera pas du trajet de retour vers chez moi, ainsi que le sentiment de liberté que m'a laissé le spectacle :
Changing of the Guard - Patti Smith :
Vu le 28 mars 2015, au Théâtre Garonne de Toulouse
Prêt-à-baiser - Olivier Dubois
Prêt-à-baiser
d'Olivier Dubois ou le «french» le plus long et intense de toute l'Histoire de
la scène. C'est-à-dire qu'il y avait pas mal de spectateurs mal à l'aise qui gigotaient
sur leur siège...
Duo
cannibale pour bouches soudées dont les langues doivent avoir un torticolis à
l'heure qu'il est. Chorégraphie minutieuse de l'énergie brute du désir, avec
pour inspiration et pour trame l'épique Sacre du printemps. Sublime.
Deux
hommes assis sur un banc se regardent, presque immobiles. Le chorégraphe et sa
Muse. Commence alors une extrêmement lente avancée, l'un vers l'autre, à peine
perceptible pour les spectateurs. La tension est palpable et contagieuse. Le
corps un peu penché vers la scène, je scrute cette nano-chorégraphie dans ses
moindres détails en retenant mon souffle. Le chorégraphe-prédateur est
impassible, sa respiration à peine visible dégage l'assurance que la chasse
sera bonne. Le jeune homme face à lui est plus expressif: les micro mouvements
de sa bouche laissent paraître l'attente impatiente du baiser.
Et il
finit par venir ce baiser, libérant toute la salle. Le soulagement est court,
car avec le contact des deux bouches vient la musique du Sacre et toute sa
charge énergétique qui viendra moduler la longue chorégraphie des langues, des
visages qui se dévorent, puis des corps qui luttent.
Là où
certains n'ont peut-être vu que la performance trop longue, malaisante, de deux
hommes qui s'embrassent, j'ai plutôt reçu la décharge explosive d'une danse
sauvage, mais réglée dans les moindres détails. 72 repères sur la musique pour
le chorégraphe, 4 pour l'interprète-Muse. Une chaîne de réactions dont le
créateur a le parfait contrôle, mais dont l'intensité dégagée est sans mesure.
Vu le 31
mars 2015, au Théâtre Sorano de Toulouse, dans le cadre du Marathon d'avril.
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